L’histoire d’Eloïse

Ah ! Enfin un moment de détente ! Éloïse était exténuée. La journée avait été dure. Elle avait dû se battre avec des commerciaux peu scrupuleux pour rattraper la bourde de son collègue. Ah, elle ne pouvait vraiment compter sur personne ! Elle devait toujours tout vérifier. C’était fatigant à la longue ! Elle n’en pouvait plus de travailler avec des collègues qui prenait leur travail à la légère. Bon, n’y pensons plus se dit-elle en plongeant ses pieds dans le bain chaud qu’elle venait de se faire couler. Il était temps désormais de s’occuper d’elle et d’oublier le monde extérieur.

Elle pouvait enfin profiter d’un moment de répit. Elle aimait mettre un peu de musique en fond lorsqu’elle se détendait. Toujours du classique. Essentiellement du violon, son instrument préféré. Celui dont elle jouait autrefois. Elle se souvient encore du dernier morceau qu’elle travaillait : Paganini, caprice n°5. C’était pour son prix de perfectionnement.

Le matin de son examen, sa mère avait pris soin de lui préparer un bon jus vitaminé : carotte, orange, gingembre. Objectif : estomper de son visage les marques de fatigue. Éloïse avait également enchaîné plusieurs séances de méditation avant de monter sur scène. La musique de Paganini exigeait une parfaite concentration et une fluidité absolue. Toute once de rigidité aurait été comme un coup de sécateur malencontreux dans des bourgeons sur le point d’éclore. Elle ne voulait laisser aucune chance au trac pour prendre le dessus. Elle avait trop travaillé. Elle avait fait beaucoup de sacrifices pour en arriver jusque-là.

Et ses efforts étaient en train d’être récompensés : le jury était hypnotisé. Subjugué même, par le tandem qu’elle formait avec son violon. Tellement sous le charme que certains membres du jury fermaient les yeux pour mieux profiter des sons merveilleux qu’elle produisait. Lorsqu’elle eut fini, elle aperçut leurs yeux humides et leur sourire immense pendant qu’ils l’applaudissaient à n’en plus finir. Elle avait réussi ! Elle était fière ! Impatiente de partager son nouveau bonheur avec sa mère, elle se dépêcha de rentrer.

Arrivée chez elle, elle eut la grande surprise de ne pas la trouver derrière les fourneaux. Sa mère cuisinait toujours son gâteau préféré pour ses examens. Où pouvait-elle bien être ? Elle avait beau l’appeler, seul le silence lui répondait. Bizarre ! Elle avait couru dans chaque pièce avant de la trouver enfin.

Lorsqu’elle poussa la porte de sa chambre, ses jambes se dérobèrent sous elle. Sa mère était recroquevillée sur la moquette imbibée de sang, une paire de ciseaux gisant à côté d’elle. L’effroi l’avait saisi la figeant telle une statue. Son monde venait de s’écrouler.

Son esprit avait pris soin de faire disparaître de sa mémoire le reste de cet événement tragique. Seul lui restait le visage désolé du brancardier.

Après ce jour, elle n’eut plus à cœur d’entamer de carrière musicale. Sa météo était passée de beau fixe à maussade. Elle erra de longs mois, tel un fantôme jusqu’à ce que l’univers n’arrive à lui montrer le chemin pour renouer avec les plaisirs de la vie. Ce fut grâce à la danse. A travers le mouvement, elle réussit à se laisser de nouveau transporter par la musique en toute sécurité. Elle était heureuse d’avoir enfin retrouvé la clé de son monde enchanteur.

 

Eloïse est l’héroïne de Histoire d’une remontée

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