Elle & Lui #4 : la rencontre

Au moment de la traditionnelle remise des cadeaux, elle sentit un malaise grandir en elle. Les images qui tournaient en boucle dans sa tête depuis plusieurs semaines étaient en train de se reproduire sous ses yeux. Elle n’en revenait pas ! Celui qui lui avait fait tant de mal était en train de rejouer le même scénario. Cette fois c’était en public et avec le héro de la fête : son ami !! Elle ne voulait pas y croire. Pourtant, tout était bien réel : les remarques dévalorisantes, le T-shirt enlevé, le bruit des claquements de main sur le torse nu de son ami et la peau qui rougit.

Lorsqu’elle perçut dans le regard de celui qui lui avait fait tant de mal, le plaisir qu’il prenait à la vue de ses marques sur le torse de son ami, la panique l’envahit.

Elle regarda autour d’elle et constata avec horreur que personne ne voyait le mal. L’assistance semblait même être amusée du spectacle. Elle en était sidérée! Elle avait peur pour son ami. Elle ne savait que trop bien ce qu’il risquait de se produire ensuite. Elle ne voulait pas que cela aille plus loin. Elle ne pouvait pas laisser faire. Pourtant quand elle essaya de dire stop, aucun son ne put sortir de sa gorge. Elle partit donc en sanglot s’isoler dans la chambre.

Une fois dans la chambre, elle s’assit sur le lit, la mine défaite. Elle avait besoin d’exprimer sa colère, sa tristesse. Elle n’avait jamais eu l’esprit de vengeance. Elle détestait le dicton : « œil pour œil, dent pour dent ». Pour elle, cela ne menait à rien d’autre que des violences supplémentaires. Pourtant, elle n’arrivait pas à oublier. Et elle éprouvait un besoin irrépressible de dénoncer ce qui s’était passé pour éviter que cela ne se reproduise.

Elle s’en voulait de ce qui lui était arrivée. Elle se considérait comme quelqu’un de fort et détestait se comporter en victime. Mais elle avait besoin d’évacuer les violences subies. Ce qu’elle avait considéré être comme la négation d’elle-même. Elle n’était pas prête à dire tout ce qui s’était passé. Juste le minimum pour faire ce qu’elle considérait être de la prévention.

En même temps, elle était la proie à des sentiments antagonistes : d’un côté, elle éprouvait une immense gratitude envers ce protagoniste, celui qu’elle considérait comme son sauveur. Le seul qui lui avait fait voir les barreaux de la cage dans laquelle elle était en train de se laisser enfermer.

Elle ne lui en avait pas voulu d’avoir profité de sa détresse cette fois-ci. Elle était tellement abasourdie par cette prise de conscience, par l’écroulement de son monde, qu’elle était anesthésiée et avait besoin de soutien. Elle ne lui en a donc pas voulu quand il la prit violemment. Au contraire, à ce moment-là, éprouver de la douleur lui indiquait qu’elle était en vie.

Pour elle rien n’était ni tout noir ni tout blanc. Elle éprouvait un amour inconditionnel pour lui. C’était son sauveur. Elle lui devait la vie. Elle ne comprenait pas comment quelqu’un qui avait fait preuve d’autant de bonté pouvait en même temps faire preuve d’autant de violence. Elle avait été touchée par son humanité. Elle se sentait redevable. Elle se sentait fragile. Son monde venait de s’écrouler. Elle l’avait donc laissé la réconforter à sa façon, sans tendresse, en la prenant violemment.

Cependant, quelques mois plus tard, lorsqu’il s’incrusta chez elle, après une soirée entre amis,  elle ne vit pas le mal venir. Elle avait confiance en lui : son sauveur. Elle était persuadée qu’il ne pouvait agir que pour son bien…

Elle passa le reste de la soirée dans la chambre, à pleurer. Rien n’arrivait à lui redonner le sourire. Quelques personnes, inquiètes de son départ précipité, l’avaient rejointe. Entre deux sanglots, elle raconta succinctement ce qui lui était arrivé. Ils compatissaient, trouvaient ça dégueulasse mais rien de plus. Son sauveur devenu agresseur était aussi un de leurs amis. Que pouvaient-ils dire ?

Lui était venu par curiosité dans la chambre et avait assisté à son douloureux récit. Il attendit que les dernières personnes aient quitté la chambre pour aller s’asseoir à côté d’elle. Il était touché par sa détresse. Il la prit dans ses bras et commença doucement à lui embrasser les cheveux. Cela dura plusieurs minutes.

Quand elle prit conscience que quelqu’un était entrain de la consoler tendrement, elle revint au moment présent. Touchée par son élan d’humanité, elle alla trouver sa bouche et commença à l’embrasser lentement.

Ils restèrent ainsi un long moment dans les bras l’un de l’autre, assis sur le lit pendant que leurs amis continuaient la fête dans la pièce d’à côté. Peu leur importait. Ils partageaient un moment hors du temps, empli de tendresse. Ils venaient de se rencontrer.

3 commentaires sur “Elle & Lui #4 : la rencontre

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  1. Saura-t-il inverser la rotation du cercle vicieux dans lequel Elle se trouve encore? La rencontre est un point de départ, mais « touchée par son élan d’humanité », lui accordera t Elle sa confiance? Et de quelle manière? Comment à partir de ses tristes expériences peut-Elle à nouveau faire entrer quelqu’un dans sa vie? Aura t il, Lui, assez de courage pour l’accompagner dans une reconstruction d’elle-même?

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