#7 Voyage au plus près du violoncelliste

Episode 7 :

– Je vais t’expliquer toute la partie préparatoire, physique et mentale qui permet d’arriver au sommet du morceau, à un niveau d’extase, somme toute, relatif.

Froid il est très dur, très solide comme une pierre. Au contact de la corde et à mesure des oscillations, le doigt s’échauffe gonfle et se détend ; enfin il est prêt. Tout comme la cire chaude, la pulpe du doigt est dilatée. La chair des doigts incrustée dans la corde, se marque et se raidit.

Le contact appuyé est franc entre le doigt et la corde encore froide ; ensemble ils s’échauffent à mesure que le bout du doigt, plus charnu et cornu, oscille sur la corde. Les éléments tous deux à la même température, fusionnent. Le contact est parfait.

La pulpe masse lentement l’ébène qui fond et devient peu à peu gluant. Ça commence à devenir agréable au toucher et rond dans le son. Au bout du doigt la souplesse du mouvement ; le bras est léger, il accompagne le balancement se laissant aller à une position confortable et se prépare à aborder le prochain démanché (ou glissade). Physiquement prêt, le musicien a déjà visualisé le parcours du manche, évalué la vitesse à donner pour atteindre la distance à parcourir ; le tout est de ne voir que le but à atteindre pour ne pas se louper.

– Sinon patatras !

– Je dirais même plus, fiasco total !

Bon disons que le démanché est réussi, mais ce n’est pas fini ! Il faut encore bien vibrer la note d’arrivée en haut, ou plutôt en bas du manche, pour qu’elle soit chantante !

Attention, le musicien sait aussi et surtout ce qu’il veut atteindre et ce qu’il va ressentir. Il doit y parvenir, faute de quoi il sera soumis à une grande frustration.

Un démanché réussi a été imaginé à l’avance. Le musicien l’a savouré spirituellement bien avant de l’entamer. C’est maintenant le moment de le réussir, de faire un son rond et bien projeté pour en faire profiter le public. Le moment de transporter le public avec soi, de l’amener aussi loin dans le partage des émotions, de la peur au contentement en passant par la jouissance. Oublier l’appréhension de l’échec, y aller franchement sans retenue !

Libéré de l’appréhension, la satisfaction comme aboutissement, l’instant est profitable, à la fois magique, suspendu, à la fois lointain, indescriptible, le tout dans un halètement à couper le souffle.

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