Magie noire

Un matin de novembre, tu m’as mise au monde.

Corps entier tétanisé, claque libératrice, tu as fait jaillir hors de moi une puissante  énergie de vie. Tu m’as offert le trésor inestimable que je cherchais depuis longtemps. 

Ce qui était devenu au fil des ans une coque métallique venait de se fissurer. Fini d’être le cyborg hyper productif et parfaitement adaptable aux moules stéréotypés de la société, estampillés avec la mention « bien comme il faut ».

J’étais désormais capable de ressentir à nouveau des émotions. J’étais redevenue humaine en quelque sorte.

Mon regard sur le monde avait changé. Les couleurs m’apparaissaient plus vives. Je me sentais légère. Je riais, je pétillais de malice.

J’étais impatiente de rattraper le temps perdu. Tout ce temps à vivre à côté de ma vie. Quel gâchis!

Plaisir d’enfance retrouvée. Vite, vite! Jouons, dansons tous les deux! Nous sommes tellement bien toi et moi. Envolons-nous vers l’autre bout de la Terre ! Allons flirter avec la limite des possibles!

J’étais comme enivrée. Je me suis précipitée dans le tourbillon que tu me proposais. C’était si beau, si irréel! J’avais des étoiles plein les yeux. J’avais l’impression que mes horizons s’élargissaient, que tout était redevenu possible, que j’avais la possibilité de me choisir de nouveau une vie, comme à mes 17 ans.

Tellement occupée à explorer avec délice ce nouveau monde si riche, je n’ai pas vu se dessiner progressivement des lignes verticales de plus en plus épaisses. Je n’ai pas aperçu ces traits se rapprocher de moi.

Je n’ai vu que le vert de tes yeux luisants. Ce vert lumineux dont je n’arrivais pas à me détacher et dans lequel je projetais mes espérances. Celles d’une vie remplie d’émulations, de joies et de jeux avec mon alter ego.

Je ne me rendais pas compte que tu m’avais envoûtée. Que tu me faisais danser de plus en plus vite pour m’étourdir encore. Pour éviter que je ne prenne conscience des barreaux de la minuscule cage dans laquelle tu avais commencé à m’installer.

A suivre…

 

 

 

 

2 commentaires sur “Magie noire

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  1. – Magie noire:
    « Pour éviter que je ne prenne conscience des barreaux de la minuscule cage dans laquelle tu avais commencé à m’installer. »
    – Elle et lui:
    « Juste avant que la porte de la cage qu’il avait lentement construite ne se referme sur elle à tout jamais. »

    Y aurait-il un parallèle entre ces deux phrases?
    Elles contiennent une matière noire. De celle qui sert à écrire le blues du sud profond des Etat Unis. Ou à jouer une mélancolie triste. Un morceau qui vous soulève le cœur. Une musique qui s’échappe des entrailles d’un violoncelle et vous tire une larme à l’œil. Si le personnage est une musicienne alors elle détient un filon. Il faut en extraire le précieux métal. Mais c’est un travail harassant. Une fois accompli un sentiment nouveau naitra.

    La « Magie noire » serait elle une variante de « Elle et lui »?
    Serait-ce une douleur majeure déclinée dans deux styles d’écriture similaire pour ne pas dire exact.

    J'aime

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