#3 Voyage au plus près du violoncelliste

Episode 3 :

Le secret et la beauté de ces sons purs viennent d’abord de beaucoup de travail.

– Tu sais, ce n’est pas qu’une légende, personne ne nait talentueux, il faut passer du temps, s’acharner. Tu dois insister quand un passage résiste, et répéter, répéter, rerépéter, transpirer, désespérer, puis espérer. Une réussite ne signifie pas qu’on a acquis un trait (passage difficile dans le jargon) ; pour le maitriser il faut le rerépéter, le décortiquer, le tordre dans tous les sens ; et une fois le passage trituré il peut enfin être intégré.

Intégré par le corps.

Et quand le corps le tient bien, si bien que le cerveau ne peut pas suivre ; car il est vrai que le cerveau est trop grand, trop lent et a besoin de beaucoup de connexions pour arriver au même résultat. Alors qu’une fois le réflexe acquis, le corps exécute instantanément la série de mouvements. La clé c’est ça, c’est le lâcher prise.

Se faire confiance, faire confiance au travail effectué, aux aptitudes acquises et à la mémoire inébranlable du corps. Le risque quand on commence à réfléchir à ce qu’on fait, c’est d’empêcher les mécanismes acquis par réflexe en créant des questionnements supplémentaires, en reconsidérant tout, alors que c’était très simple au départ !

Le corps se façonne à mesure des heures passées aux exercices, aux gammes. Oui les gammes c’est important ! C’est ce que disent tous les professeurs. Et c’est aussi ce qui fait dire aux initiés que tu connais ou ne connais pas ton manche !

– Ah bon, moi qui croyais que c’était une perte de temps ! Si on m’avait dit …

– Le jargon est parfois un peu barbare mais ça veut bien dire ce que ça veut dire. Ton corps se muscle au vue des contraintes auquel il est soumis. Il se met donc in fine à la disposition de l’envie musicale ; tout comme un outil.

– Un vrai sport quoi !

Auteur : Amandine

3 commentaires sur “#3 Voyage au plus près du violoncelliste

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  1. Le violoncelliste livre enfin ses secrets. Je vois sa recette comme un combat contre les étapes que peut nous infliger notre propre mental. Il y a aussi cet acharnement pour que l’empreinte s’imprime dans son corps. C’est physique car les mots : « transpirer » ; « maitriser » ; « tordre » ; « trituré » sont utilisés pour décrire l’acquisition d’un « trait ». Ici dans le premier paragraphe la description concerne un jeu sur le violoncelle et non pas un combat sur un ring. Ce paragraphe se termine par : « intégré par le corps ». Nous sommes loin d’une sensualité, ou d’une grâce, ou d’une poésie du mouvement. Nous sommes bien dans l’action. Elle nous plonge dans une réalité qui fait nous passer des étapes et nous fait grandir. Je pense qu’il s’agit là, de manière condensée, d’une sorte de passage d’un état vers un autre, d’un long processus de croissance vers la maturité. Oserais-je parler du fameux passage vers l’âge adulte !
    « La clé c’est le lâcher prise » voilà le secret tant attendu. Il ne peut se comprendre qu’en l’expérimentant. D’ailleurs avec cette phrase : « Ah bon, moi qui croyais que c’était une perte de temps ! » je me suis aperçu que l’autre adolescent est un apprenti musicien encore au début de son parcours initiatique. Il a bien de la chance d’avoir rencontré ce jeune garçon violoncelliste. Oui de la chance que lui faire percevoir la beauté à l’état brut. Mais arrivera-t-il à lui transmettre cette passion du jeu ?

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  2. Il y aurait aussi plein de choses à dire sur le paragraphe qui commence par : »jargon… ». Quelle serait la distance comprise entre l’artiste et l’artisan? Y a t il vraiment une grande différence entre ces deux états?

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    1. « Le corps se muscle au vue des contraintes… » cette phrase pourrait s’appliquer à un maréchal-ferrant. Manipulant à longueur de journée son marteau, positionnant sa main sur la crinière du cheval pour le rassurer, lui parler et ensuite l’observer marcher. Ce type de quotidien muscle aussi le corps. Seul l’expérience, passer par des échecs et des réussites, procure à l’artisan le geste juste pour façonner le fer, le positionner sur le sabot et qui in fine corrigera la démarche du cheval. Et à aucun moment l’artisan ne réfléchira à la bonne position que doit avoir sa main, la posture de son corps par rapport à la patte du cheval ni aux mots qui l’utilisera pour rassurer l’animal.
      En cela la distance qui sépare un artisan d’un artiste est quasi nul. Je peux dire que ces deux types d’expérience sont similaires.
      Enfin je voulais ajouter une autre remarque. Je me demandais lors de la lecture des 1er et 2nd épisodes, par quel biais l’adolescent violoncelliste allait-il susciter l’intérêt chez l’autre garçon ? La réponse apparaît à la toute dernière phrase du 3ième épisode : « Un vrai sport quoi ! ». Voilà un autre thème intéressant à fouiller qui est : qu’est-ce qui nous attire dans une activité ? quel est l’élément déclencheur qui suscite la curiosité ? Dans le cas présent l’ado qui pose sans cesse des questions est apparemment attiré par le côté physique.

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